TEST
SYNOPSIS
Des Final Fantasy de SQUARESOFT en passant par les Dragon Quest d’ENIX, les scénarios de RPG se sont toujours appuyés sur l’histoire de personnages confrontés à d’inimaginables conflits. Valkyrie Profile ne fait pas exception à la règle, mais place la barre à un niveau rarement atteint, le scénario ayant pour toile de fond l’affrontement final de la mythologie nordique, entre les forces du bien, les Ases et les forces du mal, les Vanir. Le Ragnarok (le crépuscule des dieux) est proche, il faut se préparer à livrer bataille. Votre héroïne, l’une des trois Valkyries légendaires, Lenneth, est en première ligne. "La Matrone des guerriers", a la lourde tâche d’aller choisir les âmes de guerriers défunts afin de les entraîner pour l’ultime combat.
PRESENTATION
5
La présentation en dessin animé est époustouflante, on y voit les principaux protagonistes affronter zombies et autres ennemis pas forcément très nordiques. Rapide et efficace malgré une musique très en deçà de ce qu’est en droit d’attendre une telle entrée en matière, elle laisse le joueur ébaubi dans son fauteuil... Mais cela ne s’arrête pas là, car dès l’option New Game sélectionnée, le joueur aura droit à une longue séquence avec le moteur du jeu dévoilant la fuite de Lucian futur Einherjar de Lenneth et de Platina, jeune fille vendue par ses parents et la mort tragique de cette dernière. Envoûtante et mystérieuse, elle pose bien des questions à laquelle l’aventure répondra. Encore faut-il que le joueur le mérite...
NdH.S. : Juste quelques mots pour vous parler de l'édition japonaise collector... absolument somptueuse ! Dans un coffret semblable à un livre (avec Lenneth, en couverture... divin !), le collectionneur avide de goodies trouvera le jeu, bien sûr, un magnifique art-book de 52 pages, un calendrier 2000 richement illustré, une montre-gousset ainsi qu'un pendentif... un extra presque indispensable à tout fan qui se respecte (hein, RaF ?)...
GRAPHISMES
5
Visuellement, Valkyrie Profile n’est que joie, bonheur et délectation. Les décors sont sublimissimes. Détaillés, ils offrent à nos yeux une petite symphonie d’allégresse en pixel majeur pour crayola, et il n’est pas évoqué le design des personnages qui mettrait les infographistes de SQUARE sur les bancs de l’ANPE nippone (NdH.S. : ma parole... qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre, enfin... lire !). C’est magnifique, comparables aux graphismes de Legend Of Mana ou Saga Frontier 2, en plus adultes (je ne peux que vous enjoindre à jeter un œil par vous-même aux screens accompagnant le test, la scène "Flower Blossom" est incontestablement une des 10 plus belles scènes jamais rencontrées dans un jeu vidéo !) ! Les décors des donjons se basent sur un scrolling horizontal 2D à couper le souffle, du niveau de ceux de Metroid et de Castlevania – Symphony Of The Night. Rien à ajouter si ce n’est deux ou trois petites choses :
1. Les attaques ultimes et autres magies sont époustouflantes de beauté et remplissent l’écran de leur opulence...
2. Voir en surimpression lors des dialogues, un artwork du personnage est un ravissement pour les mirettes (Là aussi un petit coup d’œil aux screens s’impose !).
3. Le chara design des différents protagonistes des frères jumeaux Kou & You YOSHINARI est exceptionnel ! Seul bémol il n’a pas été apporté autant de soin aux ennemis récurrents des donjons.
ANIMATION
5
Des graphismes somptueux et une animation moyenne, reviendraient à faire défiler les photos de vacances de Tonton et Tata au Grau-du-Roi, c’est beau et encore, Tonton n’a jamais su faire des photos potables. Heureusement, Valkyrie Profile n’a rien d’une séance diapo. Les décors et les personnages sont superbement bien animés, donnant au jeu une belle lisibilité d’ensemble. Là où dans d’autres RPG il était difficile de voir si deux personnages s’enlaçaient, se disputaient, Valkyrie Profile, s’offre le luxe de jeter à la face du joueur une 2D fluide comme rarement.
JOUABILITE
5
Pour la mythologie nordique, les Valkyries sont les guerrières dont la mission est de mener les âmes des défunts du Midgard (le monde des hommes) vers l’Asgard (le monde des dieux). Dans Valkyrie Profile, votre tâche est la même. Lenneth parcourt le Midgard à la recherche des âmes des futurs guerriers divins (Einherjar) afin de les guider vers l’Asgard où ils auront la joie de se battre pour les Ases. Prenant possession de leurs âmes, ces derniers combattent à ses côtés avant d’aller rejoindre l’armée d’Odin. Car c’est là toute la mission de Lenneth, recruter des âmes guerrières, et surtout savoir s’en séparer. Mais l’originalité de Valkyrie Profile ne s’arrête pas là, et l’exposé ci-après dont l’ambition est de la présenter dans son intégralité est long. Allez chercher un café, un petit LU pour ceux qui aiment faire trempette et c’est parti !
Originalité 1 – Une mission divine.
Pour mener à bien sa mission, Lenneth dispose de 8 chapitres eux-mêmes découpés en 24 ou 28 périodes en fonction du niveau de difficulté choisi en début de partie. Chaque chapitre, suppose de nouveaux personnages à recruter (vous aurez le loisir de contrôler plus de 20 personnages tout au long de votre aventure en fonction du niveau de difficulté choisi), de nouveaux donjons ainsi que de nouveaux objectifs. Pendant que Lenneth plane au-dessus de la carte en 3D, elle peut visiter les cités, détecter la présence de zombies et autres vampires malveillants ou encore entendre les cris d’un guerrier sur le point de passer de vie à trépas ; en un mot choisir entre, déambuler, badauder, muser l’esprit léger dans de sublimes décors, découvrir une séquence levant le voile sur la fin tragique d’un personnage ou se lancer dans des combats dans les marais, donjons, grottes ou autres forêts peu accueillants. Chacune de ces actions, consomme des périodes et il est primordial de les gérer au mieux, car le Ragnarok n’attendra pas, même une charmante jeune Valkyrie. A tout moment du chapitre, Lenneth peut envoyer un Einherjar pour venir renforcer les rangs des Ases (Aesir in English). Encore faut-il y réfléchir à deux fois, car Odin est exigeant et souhaite des guerriers aux caractéristiques bien précises et pour mener à bien son aventure, Lenneth aura besoin d’être bien entouré si elle ne veut pas trépasser au détour du premier donjon venu.
Originalité 2 – Joueur = gestionnaire de personnages ?
Valkyrie Profile intègre une gestion des personnages très poussée. Chaque guerrier est caractérisé par des traits psychologiques positifs (courage, altruisme, respect...) et d’autres négatifs (égoïsme...). Lors de chaque level up, le joueur gagne des points (CP) qu’il pourra utiliser pour augmenter les traits positifs, diminuer les traits négatifs et faire acquérir au personnage des compétences (tactics, find trap, leadership, counter, identification...). Les compétences sont nombreuses et variées et influent sur les statistiques à l’image des traits psychologiques. Toutes les compétences ne sont pas disponibles dès le début, il est possible d’en acquérir dans les donjons en cours de jeu pour tous les personnages. Le but de ce système complexe de prime abord étant d’obtenir le meilleur d’une âme évaluée par la "Hero Value", avant de l’envoyer en Asgard. Selon les besoins d’Odin, il sera nécessaire de faire progresser des compétences et des traits de personnalité particuliers. Etant donné qu’un niveau de Hero Value est demandé par le Dieu nordique au début des chapitres (tous sauf le premier), il faut prendre en compte tous les aspects de cette gestion qui suppose une méthodologie tirée du cordeau, une rigueur qui confine à la paranoïa et une mise au point qui relève de l’horlogerie suisse et de l’électronique Nippone. Une fois un personnage transféré vers l’Asgard, il n’est plus possible de le rappeler. Véritable contrainte, cet aspect du jeu suppose de bien équilibrer les besoins de votre Valkyrie et ceux de vos divins commanditaires afin de ne défavoriser ni l’un ni l’autre. A noter qu’une fois transféré, il mènera bataille avec Odin, augmentant sa valeur parallèlement à la quête principale.
Originalité 3 – Sacrée Phase...
Au terme d’un chapitre, Freya convoque Lenneth pour faire un bilan de son aventure : c’est la "Sacred Phase". Après un rapide briefing exposant la situation dans le conflit entre les Ases et les Vanes (Vanir en anglais, ça fait plus sérieux !) et les besoins en âmes divines, elle offre la possibilité au joueur de découvrir l’évolution des guerriers transférés. Si l’exigeante déesse est satisfaite des exploits de la Valkyrie, elle lui remettra artefacts, "Materialize Points" et autres "Evaluation Points".
Originalité 4 – Valkyrie Profile et Concours de l’Eurovision : même combat ?
Valkyrie Profile fait appel à des "points" divers et variés, avant de continuer, faisons une brève halte afin de présenter les différentes notions :
- la Hero Value : il s’agit des points permettant d’évaluer la valeur de l’âme d’un Einherjar.
- les Evaluation Points : de 0 à 100, points évaluant la qualité de votre quête. Qu’ils tombent à 0 et c’est le Game Over, avec une cinématique indiquant en substance que Louis XIV à la vue de vos exploits en aurait eu des tressauts de honte sous la perruque.
- Les CP : c’est les points de compétences gagnés lors de chaque level up, que vous pourrez distribuer généreusement pour augmenter les traits positifs, diminuer les traits négatifs et faire acquérir au personnage les diverses compétences.
- Les Materialize Points : A l’aide de ces points, vous pourrez non seulement faire l’acquisition d’armes, armures, items et autres accessoires mais également procéder à leur "transmutation" (moyennant des MP l’objet est transformé en un autre).
- Les points d’expérience : sans commentaires, c’est comme le Port-Salut !
Originalité 5 – La fin des level up !
Contrairement à la majorité des RPGs, l’expérience peut s’obtenir de deux manières différentes : la première, la plus classique se gagne lors des combats, la seconde lors d’évènements spéciaux dans les donjons (détruire un pilier précis, trouver tous les artefacts...). Les points d’expérience ainsi récoltés peuvent être partagés entre les personnages. Intéressant, lorsqu’il s’agit d’envoyer des personnages avec un level bien précis. Ce système permet au joueur de s’affranchir de l’aspect pénible des level up.
Originalité 6 – La fin des random encounter...
A l’instar de la majorité des RPGs, Valkyrie Profile se démarque également par ses phases d’exploration de donjons. En 2D, à la manière d’un Castlevania, les niveaux sont entièrement vus de profil. Les déplacements peuvent se faire également en profondeur via portes et autres passages, exit, l’impression de linéarité de certains confrères RPG. Et elle sait tout faire notre Lenneth : courir, sauter, glisser, tirer des cristaux ; intéressant pour atteindre des endroits inaccessibles à première vue ou débloquer des passages ; attaquer des ennemis visibles, exit le "random encounter" à la Final, car en frappant les ennemis Lenneth gagne l’intiative. Et là, c’est l’apothéose munificente d’une 2D parfaitement maîtrisée. Of course de cheval, de nombreux items récompenseront les plus fameux explorateurs.
Originalité 7 – Combat même racine que Combo !
Largement inspiré de Star Ocean, le contraire aurait été étonnant s’agissant de la même équipe, le système de combat est surprenant. Chaque personnage de l’équipe est affecté à un bouton de la manette. Il suffit de poser délicatement la phalange sur le bouton pour que le personnage correspondant se lance à l’attaque. Savant mélange entre temps réel et tour par tour, ce système laisse grande ouverte la porte aux combos, d’autant que le nombre d’attaques que peut effectuer un personnage dépend de l’arme qu’il porte. La bonne séquence de boutons donne lieu à des coups simultanés traversant n’importe quelle garde et autres jonglages avec ennemis, remplissant une jauge de furie allant de 0 à 100 permettant de déclencher de splendides attaques ultime, pour finir en beauté le combat et augmenter la qualité des bonus laissés par vos adversaires. Attendu que les attaques ultimes remplissent elles aussi la jauge de furie, il est possible d’enchaîner jusqu’à 4 attaques ultimes, une par personnage.
Ceci, n’est qu’une subtilité parmi de nombreuses autres :
- le guard crush : enchaîner de bonne manière un ennemi en garde permet de le mettre KO pour le tour suivant.
- la gestion du handicap : après une attaque ultime ou un sort de magie, le personnage doit subir un certain nombres de tour d’inaction, en "combotant" les ennemis, il est possible d’acquérir des pastilles violettes qui annulent ces tours. La maîtrise des combats passe par un équipement adapté et un système de combat sans un excellent système d’items est aussi pénible qu’un piercing fait à la scie sauteuse.
Originalité 8 – La fin du petit commerce.
Fort heureusement, le système d’items mis au point par ENIX / TRI-ACE est surprenant. Car, dans Valkyrie Profile, point de magasin. Le matériel et les potions se gagnent en combat, s’améliorent, s’achètent auprès des Dieux et se transforment, à l’aide de Materialize Points généreusement offerts par Freya pendant la phase de transfert. L’opération inverse c’est-à-dire transformer un objet en Materialize Points est également possible. Par ailleurs, au terme d’un donjon des coffres sacrés contenant des Artefacts apparaissent. Achtung ! Warning ! Tous les artefacts sont la propriété d’Odin ! A chaque fois que Lenneth ouvre un coffre, elle a le choix entre rendre cet artefact à Odin, elle est récompensée de son dévouement par des Evaluation Points supplémentaires, ou de les conserver pour son usage personnel, au risque de s’attirer l’ire de son divin commanditaire. Aspect à ne pas négliger, car la majorité des armes peuvent se briser durant les combats. A vous de gérer leurs utilisations pour ne pas vous trouver à court d’armement.
Originalité 9 – Pour tous les goûts !
En début de partie, le joueur a la latitude de choisir le niveau de difficulté (Facile, Normal, Difficile). Ce choix impactera, tout le reste de l’aventure. En effet, les donjons sont différents certains personnages ne peuvent être recrutés pour certains niveaux et le level du personnage lors de son arrivée dans l’équipe varie (en Difficile, les personnages commencent tous au level 1 !). Ce choix est couplé à différentes possibilité de fin (A, B ou C). La première, mais également la plus difficile à obtenir, permet de mettre en lumière beaucoup de points du scénario qui restent en suspens, comme l’identité de Lenneth et fait apparaître tous les véritables acteurs du scénario (Brahms, Lezard Valeth de retour dans VP : Silmeria, Loki...). Avant d’avoir le plaisir de l’admirer, il faudra parcourir un long chemin et s’éloigner des ordres divins.
DUREE DE VIE
4
Avec les 3 fins disponibles, vous aurez largement de quoi occuper les longues soirées d’hiver, d’automne, de printemps ou d’été, d’autant que d’une partie à l’autre les patterns de déroulement des chapitres sont différents (4 au total). A titre d’exemple pour votre première partie au chapitre 1, vos 24 périodes se sont découpées de la manière suivante : donjon A, recrutement du personnage A, donjon B, recrutement du personnage B, donjon C, choix libre. Alors que pour une deuxième partie, le déroulement pourra être comme suit : donjon C, recrutement du personnage B, recrutement du personnage A, donjon A, donjon B, choix libre. Aucune linéarité, les parties se suivent mais ne se ressemblent pas et s’appréhendent de manière totalement différente.
SON
3
La beauté visuelle du jeu est secondée par des compositions de Motoi SAKURABA pour le moins inégales.
Généralement épiques...
Les thèmes qui illustrent les phases plus générales, en un mot toutes sauf celles des combats et d’exploration des donjons sont dignes de leur compositeur. Donnant une dimension épique au jeu, elles sont un véritable régal pour les conduits auditifs.
...mais des donjons avec ascenseur !
En revanche et c’est là peut-être un des seuls points sujet à critiques du jeu, dans les donjons elles sont répétitives, insipides et deviennent rapidement très énervantes. Je ne vous conseillerai pas de couper le son du téléviseur, se serait vous priver des voix durant les combats.
Les bruitages ne révolutionnent pas le genre, sympas, mais pas de quoi épiler à la cire le yorkshire de Tata Alice. En revanche les doublages anglais sont d’impressionnantes prestations d’acteurs.
A noter que le jeu offre la possibilité d'écouter toutes les musiques et les voix dans un menu au début, avec un "spectrum analyser" touchante attention quoique inutile.
ACCESSIBILITE
3
En raison de ses multiples aspects à gérer, tous plus originaux les uns que les autres : transfert des personnages et des artefacts, combos, forge des armes, alchimie des items, le jeu n’est pas à mettre entre les mains de jeunes débutants. Même, si cela signifie les priver de somptueuses voix en anglais sous-titrées qui facilitent la compréhension du plus bouché de la linguistique. Veillez tout de même à avoir votre Harrap’s à portée de main.
LES + LES -
+ Le scénario ou plutôt les scénarii.
+ Les graphismes !
+ Le gameplay...
+ Les voix !
+ Le chara design !
- La musique des phases combat...
- Son prix "actuel" (c’est un scandale !)
- Une notice peu claire...
VERDICT
9 Valkyrie Profile fait parti de mes choix dont je suis le plus fier, pour lesquels mon "pifomètre à bombe vidéoludique" s’est affolé. Une photo dans un magazine, quelques lignes et ma décision était prise : "je le veux et je l’aurai". Le budget que je décidai de consacrer à l’acquisition du soft eut facilement couvert l’édification d’une ou deux pyramides dans l’axe de l’Arc de Triomphe. Pari risqué, surtout vu le prix, mais si Neil Armstrong ne s’était pas écarté des sentiers fléchés du Club Vosgien, la Lune attendrait encore et puis un vrai gamer se reconnaît toujours dans l’ouragan, quand il n’a plus qu’une carte à jouer, c’est toujours un as qu’il tire. J’imagine, qu’à la lecture de ces quelques lignes racontant mon allée à Jacta Est, ami joueur, la sueur commence à perler sur ton front et tes mains deviennent moites. Sache que j’ai fait bien pire encore, j’ai choisi Metroid et Blades Of Steel sur NES d’après leur titre, dans le respect de la sacro-sainte règle qui ne fonctionne jamais "Oh !!! Ça sonne bien, le jeu doit être bien aussi". J’étais jeune et naïf et j’avais la chance odieuse du gamer débutant.
A une époque, où l’argent de poche suffisait tout juste pour quelques sorties au cinéma et l’acquisition de trois voire quatre jeux au maximum par an, le déballage donnait lieu à des moments d’une intensité à tire-bouchonner les nerfs comme d’innocents croûtons de pain gémissant dans une soupe au lard. On ôtait avec toute la délicatesse possible l’emballage nylon, comme si la moindre éraflure de cellophane allait nuire au bon fonctionnement du jeu. Et puis c’était le moment de vérité, les premiers instants, avec cette tension comparable à celle d’un tireur de penalty en plein quart de finale de coupe du monde contre l’Italie, le cœur s’emballe,... allait-on être déçu, tout juste rassuré ou au contraire frétiller de bonheur à l’idée d’impressionner les copains à grands coups de "T’as vu ces graphismes ? Et les musiques, écoute, monte le son on entend rien là ! Attends t’as encore rien vu, les combats sont énormes aussi !". Cet instant philatélique où je me préparai à coller dans mon album mental, les bons ou mauvais souvenirs sélectionnés de ce moment fugace des premières minutes du jeu, opération minutieuse et succulente pour qui sait l’art de savourer les réminiscences, je ne l’oublierai jamais. FABULEUX !!! Rarement un jeu n’aura éveillé en moi autant d’émotions. Je venais de tirer un as de cœur ! Tout n’y était qu’harmonie, musiques somptueuses, graphismes à pleurer, charac design fabuleux, tous les adjectif en "-eux" me venaient à l’esprit sans pourtant parvenir à synthétiser ce raz de marée émotionnel. Je tenais entre mes mains LE JEU symbolisant l’avènement d’une nouvelle ère, l’achèvement d’une sorte de quête de l’essentiel quand d’autres titres rivalisaient d’ajouts superflus pour appâter le consommateur. Si le débat entre art et jeu vidéo fut et reste toujours un thème épineux, sujet à discussions sans fin, pour moi, le doute n’était plus possible, Valkyrie Profile était le jeu, qui porté par une autre vision, animée par une créativité qui tranchait avec le commun du jeu vidéo, allait faire éclater à la face du monde une vérité devenue incontestable : LE JEU VIDEO EST UN ART A PART ENTIERE !
Pourtant jusqu’à il y a peu, je ne l’avais jamais terminé, la peur de ne plus y revenir sans doute, du moment où il restait inachevé, j’allais tôt ou tard y rejouer. En reprenant depuis le début l’aventure de Lenneth, un irrépressible sentiment de doute m’envahit et grandit en moi comme les champignons sous l’humidité. Les années ont passé, j’ai enchaîné les jeux sur des supports bien plus performants, j’ai mûri (oui, je sais c’est pas crédible !), l’émotion sera-t-elle encore au rendez-vous ? Ne vais-je être déçu après une trop longue séparation où le processus d’idéalisation a eu le temps d’embrumer mes souvenirs ? Non, il n’en est rien, ce jeu tient du prodige, une telle cohérence artistique ne s’est produite qu’à de trop rares occasions dans un jeu vidéo. "Il est miraculeux ton jeu parrain !" crierait le filleul d’H.S.
Tous les ingrédient d’un jeu de légende sont réunis dans cet hydromel à fortes saveurs nordiques : des graphismes somptueux, servis par une animation de haute volée, le tout accompagné de musiques épiques la plupart du temps, un gameplay innovant, un charac design d’un niveau rarement égalé, le tout au service d’excellents scénarii et d’une atmosphère unique. Beaucoup de fraîcheur dans un genre dominé par les menus d’actions et leurs sempiternels dérivés.
Néanmoins, certains ne partagent pas mon avis (ils ont le droit !) et lui reprochent entre autre l’absence d’une véritable trame scénaristique et des objectifs sans réels intérêts. Arguments aussi injustes que de noyer des chatons dans un ruisseau. Messieurs, rendez-moi un service personnel, creusez un trou dans la neige (ou autre) tombez dedans et poursuivez l’effort jusqu’aux antipodes. C’est ce genre de discours qui a effrayé la mère de Quasimodo et si douloureusement influencé le physique du cher petit. Prisonniers enferrés dans un conformisme qui ne tolère qu’un seul modèle : le RPG à la SQUARE, novateur à l’origine et depuis décliné à en devenir lassant, ils en oublient la multiplicité des scénarii à la fois poétiques, tragiques et brutaux s’articulant autour de la quête identitaire de l’héroïne. Mais laissons de côté ces vaines querelles, pour en revenir à l’essentiel : le mot de la fin.
A 200 Dollars les rares exemplaires encore en vente sur eBay, l’expérience est onéreuse. Mais, je ne peux que vous conseiller de l’obtenir par d’autres moyens mis à disposition par Internet (dont je ne ferai pas l’apologie, c’est interdit) ou d’acquérir une PSP (lorsque son prix sera devenu raisonnable) et d’acheter le portage qui y verra le jour. Car jouer à Valkyrie Profile est une expérience émotionnelle unique à laquelle tout joueur se doit de goûter. Un pur moment de bonheur !