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9 Jamais deux sans trois ! C’est ce que dit le dicton. Pourtant, sur Neo Geo tout ne se passe pas toujours comme prévu. Ainsi, après un Alpha Mission II tout juste sympathique (mais pétrit de bonnes idées) et un Ghost Pilots globalement décevant, on s’attendait à une troisième itération en demi-teinte. Et bien que nenni ! Last Resort allait enfin permettre à la Neo Geo de rayonner comme il se devait dans le domaine du shoot’em up. L’euphorie, en revanche, sera de courte durée puisqu’un certain Andro Dunos lui emboîtera le pas 3 mois plus tard... mais ça, c’est un autre problème !
Ce Last Resort, c’est sûr, a une saveur toute particulière. Pour ma part, je parlerai de "jeu de la maturité". Finis les scénarios cul-cul-la-praline, terminé le design flashy tendance kitsch des toutes premières productions Neo Geo, exit les BGMs d’ascenseurs : la Neo Geo est une console de grand garçon et elle va s’empresser de nous le faire savoir ! Le background ? Un univers post-apocalyptique, largement inspiré du manga Akira, tout du moins durant les premiers niveaux. Au design ? Sans doute parmi les meilleurs graphistes qui officiaient dans le milieu à cette époque. SNK et IREM Corp. y auront recours à maintes reprises : Top Hunter, KOF’94, Undercover Cops, In the Hunt, GeoStorm puis, un peu plus tard, Metal Slug ou Neo Turf Masters... et la liste est loin d’être exhaustive ! Bref, du lourd... du très, très lourd ! Et la bande sonore ? Confiée comme d’habitude à la Shinsekai, on assiste toutefois à une espèce de "prise de conscience". La Rolls des consoles en a dans le ventre, et les compositeurs de chez SNK sont bourrés de talent. Alors pourquoi se satisfaire de petits thèmes "juste" sympathiques comme par le passé ? Du coup, on met les petits plats dans les grands et on passe à la vitesse supérieure ! De superbes thèmes, rondement menés et, c’est assez unique, il me semble, un thème différent pour chacun des boss qu’il faudra affronter ! Les thèmes ont d’ailleurs un nom et le Sound Test est présent dans le menu d’option, chose rarissime sinon carrément unique sur Neo Geo !
36-15 MY LIFE
N’y allons pas par quatre chemins : Last Resort est un de mes jeux fétiches sur Neo Geo (c’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai converti RaF aux shoot’em ups !). Vous savez, le genre de jeu pour lequel vous auriez tout donné afin d’y jouer ne serait-ce qu’une poignée de minutes. Et quand un jeu vous prend aux tripes de la sorte, on en garde forcément un souvenir ému... et qui généralement nous renvoie aussitôt à une époque et son contexte.
L’époque ? 1992, of course ! J’étais collégien (tout comme mes petits camarades) et les captures d’écran de Last Resort que nous auscultions à tour de rôle dans la cour de récré semblaient venir d’une autre galaxie vidéoludique que la notre : tellement de sprites, tellement de détails, tellement de couleurs ! Les commentaires de nos testeurs préférés confirmaient ce que nous "redoutions" : (...) LE shoot’em up de référence sur Neo Geo. Un des meilleurs toutes consoles confondues (...) et la note de 95% (Marc, Consoles+ n°10 – Juin 1992). Bref, à chacune de ses apparitions sur papier glacé, la Neo Geo asseyait un peu plus son statut de Rolls-Royce des consoles !
Le contexte ? Ben moi (forcément)... ma Game Gear... mon MasterGear Converter et une cartouche de R-Type (la version Master System, donc, pour celles et ceux qui ignorent ce qu’est le MasterGear Converter) ! FMR, plus chanceux, s’éclatait sur Thunder Force III (sur Mega Drive... faut vraiment tout vous dire ^_^) ! Bref, Last Resort n’avait pas beaucoup d’efforts à faire pour nous séduire, que dis-je, nous subjuguer ! Enfin, et surtout, c’est ce passage dans Micro Kids (il me semble), où, au-delà de l’image, on avait le son ! Voir d’aussi beaux sprites en mouvement était pour nous presque une bénédiction. Contempler tous ces détails auxquels nous n’aurions jamais pensé : la surface de l’eau animée par exemple... ou les pilotes ennemis qui s’éjectent une fois leur appareil abattu ! Mais surtout... surtout... ce son ! Woah ! Le passage en question montrait, en musique, le début du troisième stage dans lequel le joueur est confronté à un sous-marin ainsi qu’une nuée d’ennemis en vagues successives. On voyait le module fixé à l’avant du vaisseau, le joueur éliminant un groupe d’assaillants avant de voir le module, ce fameux module, décrire une rotation pour se placer sous le vaisseau avant de se charger ! Grand Dieu du ciel, ce bruit de "chargement" restera à jamais gravé dans ma mémoire ! Il suffisait ensuite d’attendre que le sous-marin refasse surface avant de lui lancer le module pleinement chargé à travers la gu***le ! Explosions en chaîne... il était défait ! C’était l’estocade ! Le sous-marin sombrait alors aux fonds de l’océan et moi, dans la folie ! Impossible de revenir sur R-Type après avoir vu ça ! Même Thunder Force III semblait soudain passablement fade.
Heureusement, le temps aura fait son œuvre : la folie s’est estompée (enfin, je crois... elle s’est estompée, hein les gars !?!?) et une Neo Geo CD a rejoint notre clan (cf dossier "Au pays... des Candy") quelques années après. Last Resort lui aura emboîté le pas assez rapidement ! Depuis sa sortie, de l’eau avait pourtant coulé sous les ponts, mais il avait toujours cette aura, cette prestance ! Tant et si bien que le jeu - tout comme Garou Densetsu Special et Samurai Spirits, entre autres – a été le porte-étendard de la Neo Geo CD, dont il a accompagné la sortie en septembre 1994. Seule différence notable avec la version cartouche : une bande sonore qualité CD, c’est-à-dire arrangée avec, cette fois-ci, de vrais instruments et tout et tout ! Pour faire simple, et en ce qui me concerne, Last Resort prend toute sa dimension sur Neo CD ! Un loading unique mais surtout cette bande sonore tout bonnement grandiose, et qui n’avait rien à envier aux ténors du genre sur PC-Engine CD-ROM² par exemple (oui, oui... je pense clairement à Lords of Thunder là !). Quelques années plus tard, collectionnite aiguë oblige, le jeu en version cartouche allait rejoindre ma modeste collection AES.
LES SHOOTS DE LEGENDE... C’EST COMME LE PORT-SALUT, C’EST MARQUÉ DESSUS !
Allez, on arrête là avec les anecdotes préhistoriques ! Plus sérieusement, que retenir de ce Last Resort aujourd’hui, presque 20 ans après sa sortie ? Tout d’abord un jeu qui n’a, visuellement, quasiment pas vieilli : les graphistes de l’époque nous ont gratifiés d’un travail d’orfèvres, et le temps ne semble avoir aucune emprise là-dessus : le style IREM, la variété et la finesse des décors, le soin apporté aux sprites et aux boss... tout concorde pour faire de Last Resort un soft intemporel ! Ensuite, le rythme du jeu est toujours d’actualité, certes bien loin des manics qui ont le quasi monopole de nos jours. Pour autant, les situations sont plutôt nombreuses et on alterne les passages "par cœur" avec d’autres plus orientés "skill pur" ou encore des "1 vs. 1"... Bref, on constate que dès 1992, le jeu était parfaitement calibré et totalement maîtrisé dans son rythme. Enfin... et surtout, il s’agit bien entendu d’une ambiance ! Les plus grands shoots, les plus mythiques, sont tous, sans exception, caractérisés par une ambiance hors du commun : Thunder Force, Axelay, Lords of Thunder, Radiant Silvergun, Blazing Star, Ikaruga, GigaWings 2 j’en passe – tellement – et des meilleurs ! Celle de Last Resort, c’est un monde post-apocalyptique, tout droit tiré du manga culte de OTOMO ! Et même après toutes ces années, je dois avouer que l’introduction du premier stage (la seule et unique... malheureusement !) avec sa route en pseudo-3D, le vaisseau qui arrive vers vous et son envol suivant un scrolling vertical à parallaxe laissant découvrir une mégapole que l’on reconnaît instantanément, me donne toujours autant de frissons.
Je pense avoir une bonne connaissance et une certaine expérience de la ludothèque de la Neo Geo, du coup, je considère ce Last Resort comme le meilleur shoot’em up "rapport qualité/prix" de la console. Je reconnais volontiers que Blazing Star, et éventuellement Pulstar, lui soient largement supérieurs, ils restent cependant financièrement hors de portée des joueurs ! Quel intérêt d’être le meilleur shoot d’une console et d’être pour ainsi dire inaccessible ? Last Resort, lui, et même s’il ne court pas les rues, reste assez facilement trouvable !
Pour moi, Last Resort fait partie de ces jeux parfaitement incontournables sur Neo Geo et totalement indissociables de la console de SNK comme le seraient les shoots de légende mentionnés plus haut de leur machine respective ! Et ce n’est donc pas un hasard si Last Resort me "transporte" littéralement à chaque partie ! C’est un sentiment vraiment bizarre, sans doute inhérent à la Rolls-Royce des consoles, et que je ne retrouve nulle part ailleurs. Alors oui, je suis peut-être un sale con nostalgique, un tantinet rêveur, mauvais public, et exigeant avec ça ! Pourtant, et malgré toutes ces années déjà écoulées, je remarque et me réjouit qu’il existe toujours, sur Neo Geo, des jeux qui ont du "rêve" à revendre. Last Resort fait indéniablement partie de ceux-là ! Et pour ça... merci SNK !
P.S. : Un grand merci à Sanjuro de 1UP pour m’avoir prêté la plupart des captures d’écran qui constituent la galerie.
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