C’EST LA CRISE !!!

Madonna, divorce, le pouvoir d’achat est en berne, toujours personne pour revendiquer la paternité de l’enfant de Rachida DATI ou acheter l’album de Carla BRUNI et les bourses chutent dans les abîmes. Ami lecteur, c’est la Crise ! Je m’attends chaque matin à découvrir sous les ponts, des traders miséreux, Weston trouées aux pieds et cravates Dior élimées au cou s’étripant comme dans une OPA hostile pour la meilleure place, celle derrière le pilier à l’abri du vent.

Dans cette morosité ambiante, le monde vidéoludique s’était donné rendez-vous au Japon, pour le TGS, le Tokyo Game Show. Et j’avais prévu le coup cette fois-ci ! Tout en circonlocutions policées, en rondeurs caressantes et diversions courtoises, j’avais échangé avec H.S. notre bien-aimé rédacteur en chef, force formules de politesses et autres giligilis de convenance afin d’obtenir une rallonge de mots pour cet édito. Je me disais alors benoîtement : avec toutes les nouveautés et bonnes surprises du Tokyo Game Show, je n’aurai pas assez d’un édito classique ! Quel grand naïf je fus ! Tel le trader égaré, sans le sous, affrontant les vents froids d’hiver se laissant séduire par une chaleur diabolique vinassée "carré de vignes", entraîné de force dans un rêve d’ivresse où de merveilleux mannequins exaucent ses moindres désirs, j’ai rêvé de hits, de nouveautés originales, et autres chocs vidéoludiques,... et comme le trader se réveillant dans les bras d’Helmut, un collègue de la Bourse de Francfort à l’haleine d’écureuil mort, mon réveil fut difficile.

Car il faut se rendre à l’évidence, tout ne fut presque que licences et suites convenues ou comment faire des jeux quand on n’a plus d’idées : Resident Evil 5, Dragon Quest IX, Yakuza 3, Sonic World Adventures, Tekken 6 pour les meilleurs d’entres elles et l’exclusivité Xbox360, Star Ocean 4 qui prouve après Infinite Undiscovery que SQUARE-ENIX a du mal à proposer un RPG digne des consoles nouvelle génération. Et quand ce ne fut pas des suites, ce furent des reprises ou comment faire du fric avec du vieux déjà dérivé sur d’autres supports : Chrono Trigger, Valkyrie Profile sur DS, la prochaine étape sera leur portage sur téléphone portable avec la fonctionnalité "sauvegarde automatique dès passage en mode téléphone". Pas de quoi sabrer le champagne ou alors le champagne Kirghize périmé, récupéré dans les anciens économats de l’Armée Rouge !

Certes, j’entends des voix s’élever pour dire "et MadWorld... et Mirror’s Edge... et LittleBigPlanet... et Oboro Muramasa... sans parler des MotorStorm 2 ont tout de même l’air splendides ?" C’est vrai ils s’annoncent comme de futurs hits et ne manqueront pas de nous enchanter, et j’avoue, je serai le premier à proférer des "Oh putain ! C’est beau !", mais tout de même, ça me laisse un goût d’inachevé en bouche. Et toujours pas de RPG digne de ce nom !

Je fais parti de ceux qui voient le jeu vidéo comme un art, le 10ème pour être précis. Un jeu vidéo, c’est une histoire formidable, c’est du visuel, de toute beauté, des musiques exceptionnelles,... et du jeu, du jeu, du jeu "with lot of fun inside" pour certains titres. Et qu’est-ce que l’art, sinon la recherche du beau et un moyen de donner du plaisir de manière désintéressée. Or au niveau désintéressement, on repassera. Les éditeurs qui prennent des risques se font rares. Pour preuve, il suffit de savoir compter : Resident Evil 5, Tekken 6, King Of Fighters XII, Final Fantasy XIII, Street Fighter IV. Encore que certains chiffres ne correspondent pas aux nombres exacts de resucées du concept. Allez,... combien de Street Fighter toutes machines confondues ? Une bonne trentaine, si ce n’est beaucoup plus ! Pourtant un Final Fantasy VII n’a pas grand-chose à voir avec un Final Fantasy VI, hormis un gameplay assez similaire et quelques clins d’œil. Alors pourquoi faire dans la numérotation ? Pourquoi user jusqu’à la trame un univers, en réalisant un jeu sur le cousin de la nourrice de la reine, héroïne d’un précédent opus ? Des impératifs de rentabilité ? La facilité ? Des coûts de développement de plus en plus élevés ne laissant que peu de place à la créativité et les risques qu’elle suppose ? J’avoue ne pas savoir. Si seulement les éditeurs se décidaient à enfin faire sortir le jeu vidéo de son cocon et mettaient en avant sa différence, ce qui le place au niveau de l’art. Alors il gagnerait enfin ses lettres de noblesse et serait reconnu et respecté. Ce qui ne peut s’acheter ! Toujours est-il que les chiffres du jeu vidéo, notamment au Japon sont en baisse. Selon une étude de Nikkei Business News, le Japon a enregistré pour la première fois en quatre ans une baisse des ventes dans le secteur des jeux vidéo d’une année sur l’autre, et elle est spectaculaire. Le marché aurait ainsi chuté de 21,3 % pour la période d’avril à septembre 2008, perdant dans l’histoire environ 1,6 milliard d’euros. Un lien de cause à effet ? Un dérapage statistique en raison des chiffres de vente insolents de NINTENDO en 2007 ? Là non plus, j’avoue ne pas savoir. Heureusement une nouvelle me réchauffe le cœur : un employé de NINTENDO génère près de 1,6 millions de dollars par an à comparer directement aux 626 000 dollars que génère un employé de Google se gargarise le président de NINTENDO of America ! (source : come4news.com) et puis quand on lit la déclaration suivante faite à l’ouverture du TGS : "Le secteur du jeu vidéo aimerait tirer profit de la crise grâce aux consommateurs prudents, déprimés ou ruinés qui, renonçant à sortir dépenser leur argent, s’enfermeront chez eux avec leur console...", on prend conscience qu’effectivement, le réveil sera difficile !



Publiée le 20 octobre 2008
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